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Tuesday, March 21, 2006

Chapitre troisième – Le Dirt Chamber

La façade n'avait pas bougé depuis ma dernière visite.
En six mois au moins deux générations de gérants avant du se relayer pour accueillir les derniers entrants de la ville.

Une fois franchi le grand portail métallique , il n'y a de toute manière que peu d'endroits où trouver refuge.
Le Dirt Chamber est somme toute l'un des rochers les moins pires où échouer sa carcasse d'humain désabusé qui s'est condamné à un salut plus ou moins proche.
Enfin, à condition de ne pas "tomber" dans la fosse...

Tous ceux que j'avais du connaître, saluer ou même simplement croiser brièvement devaient avoir déserté ce lieu depuis quelque temps.

Au pire ils étaient morts.

Mais cela ne m'inquiétait guère pour le moment, car je n'ai qu'une personne à voir dans l'immédiat, et je sais qu'elle est vivante et en ce lieu.

J'entre en ce lieu plus obscur que la nuit environnante et plus enfumé que la zone industrielle du Quartier Est.
L'habitude m'a poussé à toujours être sur mes gardes et pourtant je ne peux m'empêcher de sursauter en entendant une grosse brute hurler de tout son coffre à peine mes premiers pas effectués à l'intérieur.

La surprise dans un premier temps, le sursaut, le frisson qui parcoure le corps et le soupçon de sueur qui humidifie le front.
L'instinct de défense qui reprend le dessus dans un deuxième.
Petit saut en arrière jambes fléchies prêtes à me faire bondir.
Je rabat mon exo gant et pointe mes deux doigts de combat fétiches en avant.
Le majeur et l'index, droits et affilés.
Le V de la victoire pour les néophytes, le meilleur moyen pour crever les yeux de l'adversaire pour moi.

Le type hurlant se trouve pourtant à une certaine distance de moi et ne semble nullement intéressé par ma personne.
Son hurlement fini il lance un couteau dans les airs et se place pour le réceptionner en plein bras. La lame s'était enfoncée comme dans du beurre fondu, pour s'arrêter avant que le manche ne pénètre lui aussi dans le bras.

Un groupe d'acolytes se mirent aussitôt à beugler, rire et acclamer la brute épaisse au membre poignardé.

Quel abruti !

Encore un imbécile qui se croit à l'abri de la douleur en abusant des drogues d'insensibilité, tellement en vogue dans la cité.
Qu'il profite de son instant de répis, les effets finissent toujours par s'estomper plus vite que prévu, et à ce moment là la douleur devient des plus insupportables.

Un deuxième frisson très violent me secoue, et une démangeaison me prend à l'arcade sourcilière droite.
Certains souvenirs ne sont pas bons à remuer, surtout de façon aussi furtive.

Rengainer vite mon exo gant et prendre une allure plus classique pour ne pas éveiller les soupçons. A priori personne n'a remarqué mon attitude même si j'ai l'impression que celle-ci n'est pas passée inaperçue. Toujours une étrange sensation d'être observé.

Pas de temps à perdre, je doit retrouver ma proie au plus vite avant de ne la laisser s'échapper.

Je passe furtivement dans la salle de concert, où des groupes sans talents essayent de reprendre certains grands classiques de Metallica, Panthera ou encore Spirited.

Je m'infiltre dans la foule massée en me mimétisant assez facilement. Seule la détermination dans mes yeux pourrait faire comprendre que je n'ai rien à voir avec les personnes bougeant lascivement sans aucune autre motivation que celle de suivre le rythme qui grésille des enceintes.

Instinctivement, je me retrouve devant les escaliers qui mènent à l'arène, ou plutôt la fosse de combat devrais-je dire.
Peut-être la fierté d'être l'un des rares qui a plus souvent emprunté ces escaliers en remontants qu'en les descendant.

Cette fois-ci ce sont pas non plus les rangs spectateurs qui m'intéressent mais la salle du bar située à l'étage du dessus.

L'excitation qui me gagne commence à devenir trop visible au fur et à mesure que j'avance et me dirige vers le comptoir. Sourire est devenue une chose tellement rare en Acedia que les gens s'étonnent en me dévisageant.

Seule une personne n'a pas encore conscience de ma présence en ces lieux, en son dos.
Trop méditative en contemplant son verre, elle a réussi à faire le vide autour d'elle nonobstant le bruit environnant.

La personne que je cherche, celle qui a voulu me tuer il y a quelques temps sans y parvenir.

Ma cible.

Ma proie !

Je m'étonne même que ce soit quelqu'un d'aussi insignifiant qui se soit permis d'attenter à mon intégrité physique en ces lieux. Ce la m'inspire une colère soudaine et je m'étonne à lui hurler ,dessus :

"Toi ! Être insignifiant qui s'est permis de lever arme contre moi ! Sais-tu quel châtiment je vais te faire subir jusqu'à ce que tu me supplies de t'achever ?"

Il est sorti de sa torpeur. De grosses gouttes de sueur commencent à perler sur sa nuque et son front.

Je le vois murmurer quelques mots dans une langue que je ne comprends pas.
soudain le voilà qui attrape un tabouret libre situé à côté du sien et me l'envoie à la figure avec une force que je ne lui aurais jamais soupçonné.

Chouette, un adversaire qui présentera un minimum d'intérêt.
Je réceptionne le tabouret avec mon avant bras. Hélas mon exo-gant en profite pour se faire embarquer et se décroche. Foutues attaches qui ne tiennent jamais.

Pas le temps de le ramasser, je vois mon gaillard qui ente une fuite, ma fois assez naïve.

Deux sauts et je me retrouve à le plaquer à terre. Quelques coups de pieds dans ma face pour se libérer mais rien de bien efficace.
Je m'allonge sur lui et commence à l'aligner de droites bien senties, principalement au visage, afin de calmer en lui ses ardeurs de résistance.

Une tentative de gifle malencontreuse de ma part, après tout je voulais varier un peu mes plaisirs, et le voilà qui se ressaisit et m'attrape la main pour me la mordre.

Oui, c'est ça, vas-y mon gars, tu peux y aller, ce que tu ignores c'est l'adrénaline que tu insuffles en moi en faisait ça.
Ma peau bien entaillée par ses incisives provoque en moi une douce sensation de plaisir, surtout en tirant un grand coup sec pour me libérer, emportant au passages quelques composantes de sa dentition.

Le coup est décidément trop dur pour lui. Je lis dans son regard, certes de la haine, mais surtout de la peine et un grand sentiment de vulnérabilité. Ses yeux se brouillent rapidement de larmes.

Il est à moi.

Je l'empoigne par son haut, l'approche de mon visage, qu'il puisse ressentir ma détermination et s'effrayer encore plus.

"Alors mon grand, on a quelque-chose à dire à tonton ? Allons, un avorton dans ton genre sait bien que c'est dangereux de s'attaquer à un type comme moi. Qu'est ce qui t'a pris ? Tu savais pertinemment que tu allais recevoir une punition corsée pour ça ?"

Absence totale de réponse.
Certes il n'est plus en état de tenir une conversation mondaine en haute société, mais ce n'est pas ce que je lui demande.
Toutefois il ne se décide pas à marmonner la moindre parole, y compris lorsque je resserre ma prise sur lui.

Décidément je ne suis pas aidé en ce bas monde.
Les gens s'attroupent de plus en plus autour de nous. J'ai intérêt à lui faire cracher plus que du sang si je veux partir vite.

Soudain, un doute. Ce type me semble plus inquiet par la foule que par ma propre poigne. C'est anormal, quelque-chose cloche.
Je dois tenter d'exploiter sa peur.

"Non, je n'y crois pas. Tu es trop lâche et trop faible pour t'attaquer de ton propre chef à moi. Tu as voulu faire plaisir à quelqu'un ? Tu as voulu impressionner une quelconque prostitué du quartier rose ?"

son regard se trouble, je suis en train de trouver la faille, je dois l'exploiter.

"Aller, réponds bordel ! Qui ? Qui t'a dit de venir m'attaquer ? Pourquoi ? Tu sais me le dire aussi ? Non, tu es trop insignifiant pour qu'on se permette de te dire les raisons qui auraient poussé quelqu'un à m'en vouloir. Tu t'es contenté d'exécuter la tâche qu'on a voulu accorder au rat que tu es et tu t'es offert le luxe de lamentablement échouer. Alors maintenant je vais te traîner au dehors et on va chercher tous les deux tes cons de commanditaires !"

La terreur dans ses yeux est assez impressionnante. J'en suis encore plus déçu de savoir qu'il est terrifié par un illustre inconnu que par ma main vengeresse. Quel sale petit con.

De nouvelles larmes, le désarroi qui se lit sur son visage.
La soumission, enfin !

Mais voilà, à peine ouvre-t-il la bouche pour parler qu'il reçois un carreau d'arbalète en plein coeur.

Non, malédiction !

Je me retourne pour voir d'où venait ce tir et aperçois au loin un homme en tenue de bure verdâtre qui s'éloigne en courant, son arme encore à la main.

Damnation, trop loin pour le poursuivre.

Mon gibier agonise, toujours accroché à mon bras.
La vie le quitte trop rapidement, même pour un acédien, la mort est parfois une chose injuste.

Je dois obtenir mon précieux renseignement, et très vite.

"Parles, exprimes-toi, fais-toi comprendre. TU es venu en ce lieu chercher ta rédemption, tu n'auras qu'humiliation. Ne rends pas ta mort la plus inutile possible. Fais moi savoir qui sont tes commanditaires et quitte notre monde avec le soulagement de te voir vengé !"

Mon discours semble porter ses fruits.

Je le voix porter la main à sa poitrine, et de par son col déchiré sortir un pendentif qu'il avait accroché au coup et le tendre devant mes yeux.

Ses yeux se ferment, ses membres se relâchent.

Le corps encore chaud gisant à mes pieds, je suis encore sous le coup de l'objet présenté à mes yeux...

Le symbole des brigands !

Thursday, February 09, 2006

Chapitre second - Souvenirs de rue

Je connaissais parfaitement l'adresse vers laquelle je me destinais.

J'ai du fréquenter ce lieu pendant presque tous mes soirs lors de mes premiers mois à Acedia.
Qui d'ailleurs ne l'a pas fait.

Arriver seul ou accompagné dans ce lieu, avec l'espérance de vie moyenne que personne n'ignore, on a tous le réflexe de se diriger vers ce genre de lieux.
En général les naïfs en repartent encore plus horrifiés, abandonnant leur puéril espoir qui pouvait leur rester, et comprenant enfin qu'ils avaient pris une décision sur laquelle ils ne pourraient jamais revenir.

C'est ça la magie d'Acedia, vivre tous les jours avec une vision d'horreur et de dégoût, qui t'oblige soit à y prendre goût un minimum afin d'accepter les règles basiques du jeu, soit à perdre définitivement toute motivation et se métamorphoser en loque proche de l'androïde. Nombreux sont ceux qui subissent ce sort, ou qui s'y sentent poussés.

Ils deviennent alors ce que nous appelons des bétèdes, des êtres dont le seul destin est de mourir ici, et qui en espérant une quelconque rédemption accomplissent avec automatisme des gestes du quotidien si utiles à notre chère ville.

Des déchets sous mes pieds ?
Aucun !
Je pourrais jeter n,'importe quel détritus qu'un de ces esclaves mentaux l'aurait ramassé dans les minutes qui suivent.

Des fuites d'eau ou des coupure d'électricité ?
Rares.
Ces abrutis n'hésitent pas à s'avancer dans les endroits les plus périlleux pour rétablir le bon fonctionnement de ces infrastructures.
Je suis même sûr que s'il n'y avait pas le brouillage électromagnétique lancé par la capitale ces abrutis monteraient à mains nues sur les toits pour nous installer antennes télé et radios.

C'est sûr, ces êtres sont bien utiles.
Telle de la sève il alimentent la ville en besoin vitaux nécessaires à son bon fonctionnement.
Telle des globules, ils se renouvellent sans cesse, grâce au flot l'ininterrompu de désespérés qui franchissent les portes d'entrée.
Telle de la salive, ils sont comme un désinfectant pour nous autres grands vainqueurs de cette épreuve décisionnellement ultime. Ils lavent nos doutes et nos craintes.
Non, je ne serais pas l'être le plus bas de cette ville.

J'ai encore ma raison, ma vie, mon âme !

Qui encore se préoccupe du sort d'un bétède ?
Ils sont en état de mort cérébrale, leur regard est vide, leur rêves insignifiants et l'intérêt qu'on leur prote inexistant.

Moi ce soir je connais quelqu'un qui me portera plus que de l'intérêt, il va connaître une réelle crainte.

Une drôle de sensation, celle d'être observée. Non pas le regard habituel que me portent les autres, celui d'êtres étonnés de voir quelqu'un dans cette foutue ville encore plein d'énergie vitale en lui, mais une observation méticuleuse qui semble palper la peau comme un fluide visqueux et acide.

Je me retourne, mais ne vois personne qui puisse prétendre à tant d'attention.
Quelques bétèdes justement en train de ramasser de vieilles feuilles imprimées traînant par terre. Également un vieux barbu aveugle à en juger par le bandeau crasseux qui lui recouvre les yeux.


Bizarre, l'endroit où je me trouve est plus souillé que le reste de la rue, comme laissé à l'abandon et craint par ces techniciens de surface improvisé.

Quelques secondes suffises à me remémorer l'endroit précis où je me trouve.

Je comprend mieux pourquoi les gens préfèrent éviter de s'approcher des décombres de cet ancien bâtiment.
Ici a eu lieu l'un des combats les plus terrifiants que cette ville ai pu connaître.
Quelle idée de vouloir s'imposer maître de la ville quand on n'en a ni la carrure, ni le charisme. Dommage pour cet abruti, la riposte lui aura été fatale.
Les bornes que l'on franchit sont parfois sans possibilité de revenir en arrière. Entrer en Acedia en est une. Vouloir s'imposer au-dessus des autres quand ce sont normalement les autres qui vous positionnent au-dessus d'eux en est une deuxième. Une de trop généralement.

La pluie et le vent n'ont pas effacé les marques de violence présentent sur la façade. En même ce ne sont pas de vulgaires flammes qui ont cramoisis les contours des fenêtres et de la porte, mais un savant concentré de Napalm-B propulsé à l'aide de méthane, ce qui présente également l'avantage d'en augmenter la puissance.

C'est fou ce que des types peuvent inventer comme arme destructrice en réutilisant des pièces d'anciens Flammenwerfer 41 sur un M2 flamethrower d'occasion importé par je ne sais quelle combine.

Nostalgie, quand tu nous tiens.

Si je tenais la petite saloperie qui m'a dérobé mon lance-flammes. Je lui ferais goûter certaines des pires humiliations en public !

Mais celui qui va tâter mon châtiment ce soir est un autre, du moins je l'espère pour lui.

Il est temps de reprendre mon chemin, je ne voudrais pas retarder la fête surprise que s'apprête à vivre le Dirt Chamber...

Monday, January 23, 2006

Chapitre premier - Amer réveil

Il y a des soirs où la haine est la plus forte, où vous ne pouvez plus lutter, les meilleurs discours à deux balles n'ont plus aucun effet sur vous. Vous êtes blasé, vous n'avez plus aucune illusion sur ce monde. Vos yeux se sont ouverts, vous condamnant le moindre retour en arrière. Vous avez enfin assez de recul pour juger avec l'acidité nécessaire toutes ces foutues balivernes qu'on vous impose à coup de soap opéras mielleux et de publicités honteusement mensongères :

L'amour ?
Une illusion créée pour masquer le fait que les êtres humains ne sont que des animaux à la recherche d'autres êtres aussi désespéré qu'eux qui recherchent un réconfort sexuel et un regard tendre ou admiratif envers soi.

L'amitié homme-femme ?
Une hypocrite dégénérescence de l'amour pour calmer les refoulés du jeu "amoureux". Une utopie à laquelle croient ceux qui n'ont pas compris encore les règles de base du règne animal auquel l'homme est toujours soumis.

La justice ?
Qui y croit encore ? Les systèmes se mettent en place pour se défaire. Les lois se créent pour être brisées. La loi du plus fort domine tous les remparts mis en place pour pitoyablement la parer. Mais ce que les faibles n'ont pas compris, c'est que ce qui caractérise le plus fort est justement plus fort.

Ce soir là, vous n'avez que peu d'alternatives. Quelques-uns choisissent des voies misérables qui les ramènent toujours à la même prise de conscience.

D'autres se résignent tout de suite à la seule véritable issue valable et prennent le chemin que prennent tous les dépités, blasés et perdants de ce bas monde et qui les conduits inexorablement à la seule ville qui puisse leur offrir l'ultime rédemption :

Acedia

Le nom ne peut être prononcé qu'avec dégoût par ceux qui n'y ont jamais mis les pieds. Combien de proches ont-ils déjà perdus ceux qui en sont carrément à détourner leur regard d'une carte de France où est affichée ce lieu maudit ?
Tous ces politiciens déjà peinés à justifier l'existence de villes en-dessous de tout telles que Limoges qui se sont cassés les dents ne serait-ce que pour admettre que oui, cette foutue société de consommation avait généré d'elle-même le dépotoir nécessaire à l'écrémage d'une génération qui perdait de plus en plus ses illusions sur un avenir ne serait-ce que potable.

Acedia, j'y croyais à peine au début, comme beaucoup, et pourtant, elle se créait bien d'elle même.

Tout ce que vous pouviez détester dans la misère du drame humain s'y retrouve.
Déprime, détresse, misérabilisme, le tout noyé dans un cocktail de sexe, drogue, alcool, avec pour colorants la démence et pour
Sin City ? Pouah, ce n'est qu'un jardin d'enfant à côté.

Ici vous trouverez les pries conditions de vie possible.
Entrer, c'est crever.

Et malgré ça la population ne cesse d'augmenter et de se renouveler.
Tout ce ramassis de déprimés qui sont venus ici, pour une raison particulière, voire plusieurs, et qui espéraient trouver une réponse à leur existence, ou tout simplement un lieu ou disparaître à l'abri du regard de la société inquisitrice de leur état de non conformes, de non intégrés à la norme.

En fait, j'ignore la raison qui a poussé tous ces types vagabondant sous mes yeux à venir ici, et à vrai dire je m'en fiche.
Leur durée de vie dépasse rarement les six mois.
Tous succombent ici, et les raisons ne manquent pas.

Et au milieu, je dirais même au-dessus de tous ces types, il y a moi.

En dépassant les limites gardées de la ville j'avais déjà résolu mes peines. Mes doutes avaient su prendre leur envol pour cramer au soleil brûlant de la raison.
Mes démons ? Tous étranglés un par un en les regardant droit dans les yeux pendant leur agonie.

Non, je n'avais plus aucune raison d'attendre la grande faucheuse, ce depuis...

3 ans !

Un écarquillement des yeux simultané à une poussée d'adrénaline et le sursaut qui coïncide à l'instant où l'on sort de sa torpeur.

3 ans...

Je n'ai aucun moyen de le vérifier, et pourtant je le sais. Je le sens...
Je ferais mieux de me couvrir, la nuit tombante rafraîchit mon squat, dernier étage d'un immeuble désaffecté, sorte de vieille bâtisse charismatique en des temps passés et révolus.

L'extase de la fin d'après-midi est passée.
Ces longues heures à se passer délicatement une lame de rasoir sur le torse.
L'entaille ne doit être ni trop profonde, pour ne pas provoquer de saignements intempestifs, ni trop superficielle, pour ressentir tout de même une délicate sensation de picotement au niveau de la peau.

Le plaisir de la lame restée plusieurs heures au freezer, ce froid ayant pour mérite de tendre la peau à l'instant même où le contact se fait avec le métal, avant même que la plaie ne se forme, laissant écouler ainsi le liquide vital infecté qui traverse mes veines.

Mazhe, mon nom n'est pas dû au hasard dans cette ville.

Ce qui nous nous distingue, nous les survivants de la ville, est sans doute la capacité à nous assumer, à admettre sans honte ni gêne nos pires vices assouvis en ces lieux.
Nos passions les plus dérangeantes apparaissent ici au grand jour, sans se préoccuper de l'image que nous donnons.

La douleur me fait du bien.
La douleur physique, pas cette douleur psychologique qui n'a aucun mérite corporel: pas d'adrénaline, pas d'apaisement après la souffrance, aucun intérêt.

C'est mon travers, ma perversion, mon plaisir.

Un courant d'air plus marqué que celui provoqué par le vent.

Un visiteur imprudent pourrais-je dire. Mais celui-là est spécial, il fait partie des rares qui peuvent repartir vivants de chez moi.

"Désires-tu t'accommoder sur mon confortable fauteuil en cuir l'ami ?"
"Ne t'attardes pas avec tes pièges à la con, je connais suffisamment tes travers pour refuser toute offrande généreuse de ta part."

Hum, sa réponse ne fait qu'étirer encore plus mon sourire sadique. D'ailleurs cela m'aurait déçu de perdre aussi rapidement un visiteur aussi intéressant, surtout quand celui-ci me doit la vie.

"Oui, je le lis dans tes yeux, tu sais que je te dois beaucoup. Et bien je suis venu payer ma dette aujourd'hui."
"Cela m'étonnerait, peu de choses ont de la valeur ici, et encore moins à mes yeux."
"Même le nom et le lieu où retrouver le type qui a voulu te butter il y a 2 mois ?"

Les plaies intérieures sont très douloureuses lorsqu'elles se rouvrent.
Mais elles ont le mérite de libérer une dose de rage incroyablement puissante !

Que mon hurlement recouvre Acedia ce soir.

Ma vengeance va sonner...

Et le sang va couler !


Suite au prochain épisode...