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Monday, January 23, 2006

Chapitre premier - Amer réveil

Il y a des soirs où la haine est la plus forte, où vous ne pouvez plus lutter, les meilleurs discours à deux balles n'ont plus aucun effet sur vous. Vous êtes blasé, vous n'avez plus aucune illusion sur ce monde. Vos yeux se sont ouverts, vous condamnant le moindre retour en arrière. Vous avez enfin assez de recul pour juger avec l'acidité nécessaire toutes ces foutues balivernes qu'on vous impose à coup de soap opéras mielleux et de publicités honteusement mensongères :

L'amour ?
Une illusion créée pour masquer le fait que les êtres humains ne sont que des animaux à la recherche d'autres êtres aussi désespéré qu'eux qui recherchent un réconfort sexuel et un regard tendre ou admiratif envers soi.

L'amitié homme-femme ?
Une hypocrite dégénérescence de l'amour pour calmer les refoulés du jeu "amoureux". Une utopie à laquelle croient ceux qui n'ont pas compris encore les règles de base du règne animal auquel l'homme est toujours soumis.

La justice ?
Qui y croit encore ? Les systèmes se mettent en place pour se défaire. Les lois se créent pour être brisées. La loi du plus fort domine tous les remparts mis en place pour pitoyablement la parer. Mais ce que les faibles n'ont pas compris, c'est que ce qui caractérise le plus fort est justement plus fort.

Ce soir là, vous n'avez que peu d'alternatives. Quelques-uns choisissent des voies misérables qui les ramènent toujours à la même prise de conscience.

D'autres se résignent tout de suite à la seule véritable issue valable et prennent le chemin que prennent tous les dépités, blasés et perdants de ce bas monde et qui les conduits inexorablement à la seule ville qui puisse leur offrir l'ultime rédemption :

Acedia

Le nom ne peut être prononcé qu'avec dégoût par ceux qui n'y ont jamais mis les pieds. Combien de proches ont-ils déjà perdus ceux qui en sont carrément à détourner leur regard d'une carte de France où est affichée ce lieu maudit ?
Tous ces politiciens déjà peinés à justifier l'existence de villes en-dessous de tout telles que Limoges qui se sont cassés les dents ne serait-ce que pour admettre que oui, cette foutue société de consommation avait généré d'elle-même le dépotoir nécessaire à l'écrémage d'une génération qui perdait de plus en plus ses illusions sur un avenir ne serait-ce que potable.

Acedia, j'y croyais à peine au début, comme beaucoup, et pourtant, elle se créait bien d'elle même.

Tout ce que vous pouviez détester dans la misère du drame humain s'y retrouve.
Déprime, détresse, misérabilisme, le tout noyé dans un cocktail de sexe, drogue, alcool, avec pour colorants la démence et pour
Sin City ? Pouah, ce n'est qu'un jardin d'enfant à côté.

Ici vous trouverez les pries conditions de vie possible.
Entrer, c'est crever.

Et malgré ça la population ne cesse d'augmenter et de se renouveler.
Tout ce ramassis de déprimés qui sont venus ici, pour une raison particulière, voire plusieurs, et qui espéraient trouver une réponse à leur existence, ou tout simplement un lieu ou disparaître à l'abri du regard de la société inquisitrice de leur état de non conformes, de non intégrés à la norme.

En fait, j'ignore la raison qui a poussé tous ces types vagabondant sous mes yeux à venir ici, et à vrai dire je m'en fiche.
Leur durée de vie dépasse rarement les six mois.
Tous succombent ici, et les raisons ne manquent pas.

Et au milieu, je dirais même au-dessus de tous ces types, il y a moi.

En dépassant les limites gardées de la ville j'avais déjà résolu mes peines. Mes doutes avaient su prendre leur envol pour cramer au soleil brûlant de la raison.
Mes démons ? Tous étranglés un par un en les regardant droit dans les yeux pendant leur agonie.

Non, je n'avais plus aucune raison d'attendre la grande faucheuse, ce depuis...

3 ans !

Un écarquillement des yeux simultané à une poussée d'adrénaline et le sursaut qui coïncide à l'instant où l'on sort de sa torpeur.

3 ans...

Je n'ai aucun moyen de le vérifier, et pourtant je le sais. Je le sens...
Je ferais mieux de me couvrir, la nuit tombante rafraîchit mon squat, dernier étage d'un immeuble désaffecté, sorte de vieille bâtisse charismatique en des temps passés et révolus.

L'extase de la fin d'après-midi est passée.
Ces longues heures à se passer délicatement une lame de rasoir sur le torse.
L'entaille ne doit être ni trop profonde, pour ne pas provoquer de saignements intempestifs, ni trop superficielle, pour ressentir tout de même une délicate sensation de picotement au niveau de la peau.

Le plaisir de la lame restée plusieurs heures au freezer, ce froid ayant pour mérite de tendre la peau à l'instant même où le contact se fait avec le métal, avant même que la plaie ne se forme, laissant écouler ainsi le liquide vital infecté qui traverse mes veines.

Mazhe, mon nom n'est pas dû au hasard dans cette ville.

Ce qui nous nous distingue, nous les survivants de la ville, est sans doute la capacité à nous assumer, à admettre sans honte ni gêne nos pires vices assouvis en ces lieux.
Nos passions les plus dérangeantes apparaissent ici au grand jour, sans se préoccuper de l'image que nous donnons.

La douleur me fait du bien.
La douleur physique, pas cette douleur psychologique qui n'a aucun mérite corporel: pas d'adrénaline, pas d'apaisement après la souffrance, aucun intérêt.

C'est mon travers, ma perversion, mon plaisir.

Un courant d'air plus marqué que celui provoqué par le vent.

Un visiteur imprudent pourrais-je dire. Mais celui-là est spécial, il fait partie des rares qui peuvent repartir vivants de chez moi.

"Désires-tu t'accommoder sur mon confortable fauteuil en cuir l'ami ?"
"Ne t'attardes pas avec tes pièges à la con, je connais suffisamment tes travers pour refuser toute offrande généreuse de ta part."

Hum, sa réponse ne fait qu'étirer encore plus mon sourire sadique. D'ailleurs cela m'aurait déçu de perdre aussi rapidement un visiteur aussi intéressant, surtout quand celui-ci me doit la vie.

"Oui, je le lis dans tes yeux, tu sais que je te dois beaucoup. Et bien je suis venu payer ma dette aujourd'hui."
"Cela m'étonnerait, peu de choses ont de la valeur ici, et encore moins à mes yeux."
"Même le nom et le lieu où retrouver le type qui a voulu te butter il y a 2 mois ?"

Les plaies intérieures sont très douloureuses lorsqu'elles se rouvrent.
Mais elles ont le mérite de libérer une dose de rage incroyablement puissante !

Que mon hurlement recouvre Acedia ce soir.

Ma vengeance va sonner...

Et le sang va couler !


Suite au prochain épisode...

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