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Thursday, February 09, 2006

Chapitre second - Souvenirs de rue

Je connaissais parfaitement l'adresse vers laquelle je me destinais.

J'ai du fréquenter ce lieu pendant presque tous mes soirs lors de mes premiers mois à Acedia.
Qui d'ailleurs ne l'a pas fait.

Arriver seul ou accompagné dans ce lieu, avec l'espérance de vie moyenne que personne n'ignore, on a tous le réflexe de se diriger vers ce genre de lieux.
En général les naïfs en repartent encore plus horrifiés, abandonnant leur puéril espoir qui pouvait leur rester, et comprenant enfin qu'ils avaient pris une décision sur laquelle ils ne pourraient jamais revenir.

C'est ça la magie d'Acedia, vivre tous les jours avec une vision d'horreur et de dégoût, qui t'oblige soit à y prendre goût un minimum afin d'accepter les règles basiques du jeu, soit à perdre définitivement toute motivation et se métamorphoser en loque proche de l'androïde. Nombreux sont ceux qui subissent ce sort, ou qui s'y sentent poussés.

Ils deviennent alors ce que nous appelons des bétèdes, des êtres dont le seul destin est de mourir ici, et qui en espérant une quelconque rédemption accomplissent avec automatisme des gestes du quotidien si utiles à notre chère ville.

Des déchets sous mes pieds ?
Aucun !
Je pourrais jeter n,'importe quel détritus qu'un de ces esclaves mentaux l'aurait ramassé dans les minutes qui suivent.

Des fuites d'eau ou des coupure d'électricité ?
Rares.
Ces abrutis n'hésitent pas à s'avancer dans les endroits les plus périlleux pour rétablir le bon fonctionnement de ces infrastructures.
Je suis même sûr que s'il n'y avait pas le brouillage électromagnétique lancé par la capitale ces abrutis monteraient à mains nues sur les toits pour nous installer antennes télé et radios.

C'est sûr, ces êtres sont bien utiles.
Telle de la sève il alimentent la ville en besoin vitaux nécessaires à son bon fonctionnement.
Telle des globules, ils se renouvellent sans cesse, grâce au flot l'ininterrompu de désespérés qui franchissent les portes d'entrée.
Telle de la salive, ils sont comme un désinfectant pour nous autres grands vainqueurs de cette épreuve décisionnellement ultime. Ils lavent nos doutes et nos craintes.
Non, je ne serais pas l'être le plus bas de cette ville.

J'ai encore ma raison, ma vie, mon âme !

Qui encore se préoccupe du sort d'un bétède ?
Ils sont en état de mort cérébrale, leur regard est vide, leur rêves insignifiants et l'intérêt qu'on leur prote inexistant.

Moi ce soir je connais quelqu'un qui me portera plus que de l'intérêt, il va connaître une réelle crainte.

Une drôle de sensation, celle d'être observée. Non pas le regard habituel que me portent les autres, celui d'êtres étonnés de voir quelqu'un dans cette foutue ville encore plein d'énergie vitale en lui, mais une observation méticuleuse qui semble palper la peau comme un fluide visqueux et acide.

Je me retourne, mais ne vois personne qui puisse prétendre à tant d'attention.
Quelques bétèdes justement en train de ramasser de vieilles feuilles imprimées traînant par terre. Également un vieux barbu aveugle à en juger par le bandeau crasseux qui lui recouvre les yeux.


Bizarre, l'endroit où je me trouve est plus souillé que le reste de la rue, comme laissé à l'abandon et craint par ces techniciens de surface improvisé.

Quelques secondes suffises à me remémorer l'endroit précis où je me trouve.

Je comprend mieux pourquoi les gens préfèrent éviter de s'approcher des décombres de cet ancien bâtiment.
Ici a eu lieu l'un des combats les plus terrifiants que cette ville ai pu connaître.
Quelle idée de vouloir s'imposer maître de la ville quand on n'en a ni la carrure, ni le charisme. Dommage pour cet abruti, la riposte lui aura été fatale.
Les bornes que l'on franchit sont parfois sans possibilité de revenir en arrière. Entrer en Acedia en est une. Vouloir s'imposer au-dessus des autres quand ce sont normalement les autres qui vous positionnent au-dessus d'eux en est une deuxième. Une de trop généralement.

La pluie et le vent n'ont pas effacé les marques de violence présentent sur la façade. En même ce ne sont pas de vulgaires flammes qui ont cramoisis les contours des fenêtres et de la porte, mais un savant concentré de Napalm-B propulsé à l'aide de méthane, ce qui présente également l'avantage d'en augmenter la puissance.

C'est fou ce que des types peuvent inventer comme arme destructrice en réutilisant des pièces d'anciens Flammenwerfer 41 sur un M2 flamethrower d'occasion importé par je ne sais quelle combine.

Nostalgie, quand tu nous tiens.

Si je tenais la petite saloperie qui m'a dérobé mon lance-flammes. Je lui ferais goûter certaines des pires humiliations en public !

Mais celui qui va tâter mon châtiment ce soir est un autre, du moins je l'espère pour lui.

Il est temps de reprendre mon chemin, je ne voudrais pas retarder la fête surprise que s'apprête à vivre le Dirt Chamber...

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